Ames soeurs

 

Chapitre 1 : Etrange rencontre au clair de lune

Genre : ça va faire mal

 

  Ron soupira silencieusement et se glissa le plus discrètement du monde dans l’entrebâillement de la porte. Il regarda rapidement autour de lui, essayant avec plus ou moins de succès de percer les ténèbres du couloir pour s’assurer que ni Rusard, ni Miss Teigne, son insupportable matou, ne le surprendrait.

  Il avait déjà fait perdre plusieurs points aux Griffondor aujourd’hui grâce à Rogue et un cours de potion plus que farfelu : fabriquer une poudre « à pleurer à chaudes larmes de crocodiles », qui lui avait valu de faire fondre en pleurs toute sa classe, après un léger débordement de situation. Il fallait bien avouer que Neville ne l’avait pas vraiment aidé sur ce coup là, puisque c’est lui qui s’était trompé dans les proportions. Mais comme Ron avait préparé la potion, c’est lui qui c’était vu attribuer la responsabilité de la catastrophe.

  Comment regarder s’envoler cinquante points d’un coup !

  Comment se sentir encore plus misérable qu’il ne l’était déjà !

  Pour peu ses compagnons en auraient pleuré s’ils n’étaient pas déjà en train de le faire. Bien sûr, ils lui avaient tous dit que cela n’avait pas d’importance, mais leurs regards mentaient. Même Harry et Hermione n’avaient pas réussit à masquer leur colère. Il comprenait parfaitement ses amis et Potter encore plus que les autres, puisqu’il se démenait comme un beau diable à chaque match de Quidditch pour attraper le Vif d’Or et tenter ainsi de creuser l’écart avec les Serpentards. Il y était brillamment parvenu deux jours auparavant après à peine vingt minutes de jeux, mais toute l’avance qu’il avait pu leur assurer c’était vu plus qu’amoindrie par sa bourde du jour.

  Non, vraiment ce n’était pas le moment de se faire prendre.

  Bien sûr, le moyen le plus sûr était encore de rester dans sa chambre, mais il n’y tenait vraiment pas. La journée avait été plus que pénible, aussi bien physiquement que mentalement et son esprit refusait de le laisser en paix.

  Tous ce qu’il parvenait à faire c’était se retourner encore et encore dans son lit, sans réussir à trouver le sommeil. Cela lui était devenu insupportable.

  Il avait donc décidé d’aller se promener et quel meilleur endroit pour réfléchir que le calme du toit de la plus haute tour de l’école.

  Encore fallait-il y parvenir sans se faire remarquer.

  A pas de chat, un œil traînant toujours un peu partout, il se faufila rapidement dans l’immense couloir et entreprit de gravir le plus rapidement possible la ribambelle d’escaliers qui devaient le mener jusqu’à une paisible liberté.

  Il crut que son cœur allait lâcher lorsque s’appuyant un peu plus longuement sur une marche qu’il ne l’aurait du, celle-ci grinça en un craquement faible mais qui sembla se répercuter sur tous les murs de l’ancestrale bâtisse.

  Il retint son souffle et se fondit dans l’ombre la plus proche, attendant avec une anxiété croissante le moment où il serait démasqué.

  Il se maudit intérieurement de ne pas avoir pris la cape d’invisibilité d’Harry, tout en sachant pertinemment qu’il n’aurait pas pu le faire sans attirer l’attention de son ami et par-là même des questions auxquelles il ne tenait pas à répondre.

  Les minutes s’écoulèrent comme des heures alors que le sang rugissait furieusement à ses tempes et à son cerveau. Finalement, lorsqu’il fut sûr que tout danger était écarté, il s’accorda un petit soupir, attendit encore quelques instant que se calment les battements affolés de son cœur et repartit.

  Il lui fallut à peine cinq minutes pour parvenir à la dernière volée de marches et sa joie et son empressement faillirent le faire prendre.

  Il allait s’élancer en courant lorsque son instinct le stoppa.

  Il lui semblait vaguement avoir perçu un bruit.

  Il colla au plus près le mur du couloir et retint son souffle lorsque déboulèrent soudain devant lui deux figures bien connues.

  Les professeurs McGonagall et Flitwick s’avançaient en silence dans sa direction.

  _ Il est là ! Déclara soudain la sorcière et Ron sut que sa dernière heure était arrivée.

  _ Vous êtes sûre ?

  _ Oui !

  Weasley allait se montrer, penaud et contrit, lorsque McGonagall reprit la parole.

  _ Il ne peut être que dans ce bâtiment. Nous allons le retrouver. Nous devons le retrouver. Dieu sait ce qu’il est capable de faire.

  _ Si seulement nous avions su…

  _ Les « si » ne mènent à rien pour l’instant, répondit la sorcière avec colère et… tristesse ? Ce qui est fait est fait. Il faut avant tout mettre la main dessus avant qu’il ne fasse une très grosse bêtise.

  _ N’empêche, nous n’aurions jamais du…

  McGonagall s’arrêta soudain et poussa un profond soupire.

  _ Je sais, mais ce gosse est une telle teigne. Mon dieu, qui aurait imaginé… qui aurait pu croire… je ne savais pas… je ne savais pas… mon dieu… je ne savais pas…

  Sa voix n’était plus que murmure et Ron écarquilla les yeux de surprise quand il comprit qu’elle sanglotait.

  Il ne savait de qui elle parlait, mais visiblement, il s’était passé quelque chose de très grave. Jamais il n’avait vu son professeur dans un tel état. Jamais il n’aurait pu imaginer la voir dans un tel état. Elle était toujours si froide et si distante. Toujours si pleine de confiance en soi. Gentille à sa manière, mais le jeune homme l’avait toujours perçu comme un roc. Le voir ainsi s’effondrer était un véritable choc. Il ne savait pas ce à quoi elle avait participé, mais visiblement cela était suffisamment terrible pour la bouleverser.

  Flitwick la pris gentiment dans ses bras le temps qu’elle se calme et Ron fut tenter d’en faire autant, mais se retint. D’abord il n’était pas censé se trouver ici en plein milieu de la nuit et en plus, il doutait qu’elle ait apprécié d’être vu ainsi par une autre personne que par un de ses collègues. Et par un élève encore moins.

  Il retint donc le mouvement qui le faisait se porter à sa rencontre et se ratatina encore plus sur lui-même pour être sur de ne pas être vu.

  Finalement le doux son de ses sanglots s’éteignit et il vit le professeur d’enchantement s’écarter, comprenant qu’il n’avait plus à être aussi proche.

  La sorcière se mordit nerveusement la lèvre, alors qu’elle effaçait les dernières traces de ses pleurs, visiblement gênée de s’être ainsi laisser aller.

  Flitwick rompit le lourd silence qui s’était installé entre eux.

  _ Que fera-t-on une fois que nous l’aurons retrouvé ? Que va-t-on faire au sujet de son…

  Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, McGonagall l’avait coupé.

  _ Je ne sais pas. Nous ne pouvons rien prouver et je doute qu’il accepte jamais d’en parler à quiconque. S’il n’y avait pas eu ce malheureux accident nous n’en aurions jamais rien su et je pense qu’il aurait préféré qu’il en soit ainsi. Mais nous perdons du temps. Séparons-nous, nous aurons plus de chance de mettre la main dessus. Rendez-vous ici dans une heure.

  Le sorcier acquiesça silencieusement et ils partirent sans plus un mot chacun de leur côté.

  Ron attendit de longues minutent encore avant d’esquisser un seul mouvement. La conversation qu’il venait de surprendre le laisser particulièrement perplexe et interrogateur.

  De qui pouvaient-ils donc bien parler ? Qu’avait-il pu se passer de si monstrueux ? Que risquait-il d’arriver ?

  Il soupira.

  Il ne servait strictement à rien qu’il pense à ça. De toute façon, il ne connaîtrait jamais le fin mot de l’histoire et il avait déjà suffisamment faire avec ses propres problèmes.

  Il regarda attentivement autour de lui pour être sur qu’il ne courait plus aucun danger et se faufila silencieusement vers le vieil escalier qui menait au toit de la tour.

  Bien qu’anciennes, les marches parfaitement entretenues ne craquèrent pas, il évita de justesse un piège à souries magique qui n’aurait pas manqué de faire rappliquer Miss Teigne et put enfin atteindre la trappe.

  Le verrou ensorcelé n’était pas enclenché, pas plus que celui en fer et il s’en étonna quelque peu. Apparemment Rusard se faisait vieux.

  Il ouvrit la trappe sur un vent frais qui vint caresser sa peau en feu. Il ne s’était pas rendu compte à quel point il avait chaud avant d’affronter l’air bienfaiteur de la nuit.

  Lentement, il fit un pas sur le toit et la referma consciencieusement derrière lui, avant de s’avancer jusqu’à la courte muraille de pierre sur laquelle il s’installa.

  La nuit était douce, son ciel délicatement éclairé par la lune d’argent et ses filles étoiles et son silence était enivrant. Le monde en cet instant semblait avoir retenu son souffle, aucun bruit ne venait déranger cette paix étrange et Ron se surprit à fermer les yeux pour respirer le doux parfum de l’air.

  Plus il se laissait aller à sa flagrance particulière et envoûtante, mélange de musc, de senteurs sauvages et de rosée, plus la terre semblait reprendre vie. Calmement, comme un chant, il commença à percevoir tous les bruits caractéristiques de la nuit. Ailes de chauves souries battant rapidement l’air, bruissement d’un pas de biche dans l’étendue herbeuse, hululement d’une chouette, petit cri de souris, craquement des feuilles des arbres. Autant de sons apaisants qui lui faisaient oublier pour quelques instants ses propres tourments.

  Il aimait la nuit.

  Il aimait sa quiétude.

  Sa solitude.

  Elle lui faisait retrouver un peu de lui-même et dieu sait qu’il en avait besoin en cet instant. Il se sentait complètement perdu.

  Il ne se comprenait plus.

  Plus du tout.

  Vous lui auriez demandé il y a un an ce qu’il ressentait, il vous aurait dit qu’il aimait Hermione plus que tout au monde. Il vous aurait dit que derrière leur constante rivalité, derrière son constant besoin de se chamailler avec la jeune femme, se cachait un amour sans limite pour elle. Il vous aurait dit qu’il aimait ses cheveux, son petit tic de toujours enrouler une de ses mèches entre ses doigts. Qu’il aimait sa sincérité, son intelligence et son désir de toujours faire mieux.

  Oui, il l’aimait…

  …Comme une sœur.

  Vous lui auriez demandé il y a un mois ce qu’il ressentait, il vous aurait dit qu’il aimait Harry. Qu’il aimait son esprit vif, son courage et sa loyauté. Il vous aurait dit qu’il aimait sa gaieté et sa manie de toujours se fourrer dans les pires pétrins pour s’en sortir sans aucune égratignure. Qu’il l’avait toujours secrètement admiré !

   Oui, il l’aimait…

   … Comme un frère.

  Qu’on lui demande maintenant ce qu’il ressentait et il serrait tout bonnement incapable de répondre.

  Un peu avant le catastrophique cours de potion, Harry et Hermione lui avaient annoncé qu’ils sortaient ensemble et il en avait été tout simplement heureux. Pas de jalousie, pas de rancœur, rien qui ne puisse étayer d’une quelconque façon qu’il ait pu être à un moment ou à un autre amoureux d’eux.

  Rien.

  Il en était alors venu à penser que tout ce qu’il avait cru ressentir n’était que mensonges et illusions et cela le frustrait au plus au point. Il était tout bonnement incapable d’analyser ses propres sentiments.

  Qui était-il en réalité ?

  Bonne, très bonne question.

  Il en venait de plus en plus à croire et probablement avec raison, qu’il n’était qu’une ombre. Un être sans conscience et sans volonté propre, réduit sa vie entière à suivre les autres. Il ne savait faire que ça, inlassablement. Ils avaient vécu dans l’ombre de ses frères et vivait maintenant dans celle de ses deux meilleurs amis. Toujours et à jamais la cinquième roue du carrosse. Même pour la magie, il en avait fait suffisamment la preuve aujourd’hui. Jamais personne ne pourrait avoir besoin de lui, alors que lui aurait toujours besoin de quelqu’un.

  Il se souvenait du miroir de Riséd, de ce qu’Harry lui en avait dit. Il ne montrait que le désir profond des gens. Et lui, son désir, avait été de pouvoir enfin se démarquer, d’enfin connaître la lumière. Qu’on ait enfin besoins de sa présence.

  Il se sentait pathétique.

  Il savait par avance qu’il courrait après Hermione et Harry pour obtenir un petit bout de leur bonheur, comme il courait toujours après eux pour avoir un petit bout de leur gloire.

  Vraiment pathétique.

  Il soupira et tenta de chasser ces pensées qui ne le menaient à rien sinon à se sentir encore plus misérable.

  Un léger mais inhabituel déplacement d’air lui fit tourner la tête et il crut un instant trouver en face de lui le visage sombre et en colère de McGonagall. Au lieu de quoi, il ne trouva que les ténèbres.

  Il ne put contenir un petit soupir de soulagement.

  Scrutant un peu mieux l’endroit où il se trouvait, tentant de percer la pénombre des recoins que la luminosité de la lune ne parvenait pas à éclairer, il finit par déceler une présence près du mur opposé.

  Celle-ci était complètement immobile et se fondait presque parfaitement dans le paysage. Il ne l’aurait d’ailleurs probablement pas remarqué, si ce n’avait été le léger mouvement qu’elle avait accompli, probablement ankylosée à force de demeurer immobile.

  _ Qui est là ? Demanda-t-il d’une voix calme.

  Il n’avait pas grand chose à craindre, il le savait. S’il avait s’agit d’un professeur ou de Rusard, il se serait empressé depuis longtemps de se montrer pour pouvoir le punir. Il s’agissait plus vraisemblablement d’un élève qui, comme lui, cherchait quelques minutes de paix.

  Il lui vint soudain à l’esprit qu’il s’agissait peut-être de la personne que McGonagall et Flitwick recherchait si ardemment.

  La forme sembla tressaillir au son de sa voix, mais ne répondit pas, pas plus qu’elle n’esquissa un mouvement pour se montrer.

  Ce pouvait-il qu’il ne s’agisse pas d’un élève ?

  Peu probable. Jamais personne n’aurait pu arriver jusqu’ici s’il n’appartenait pas à l’établissement. Du moins le souhaitait-il.

  Il reposa sa question.

  _ Qui est là ? Je te vois, tu sais.

  A nouveau un tressaillement.

  _ Tu n’as pas à avoir peur. Je ne dirais à personne que tu es là, je ne suis pas encore assez maso pour me dénoncer moi-même.

  Il avait essayé de faire un peu d’humour, histoire de détendre la personne, mais apparemment cela n’avait pas marché.

  _ Pas très bavard, hein ? Tu sais parfois ça fait du bien de parler.

  Mentalement Ron se mit la taloche du siècle. On n’avait pas idée de sortir des trucs pareils ! Il était probablement la dernière personne de tout ce foutu établissement à pouvoir donner des conseils.

  Il crut percevoir un murmure.

  _ Comment ? Demanda-t-il. Excuse-moi, je ne t’ai pas entendu.

  Une brève inspiration.

  _ Laisse-moi tranquille.

  Cette fois ce fut Ron qui tressaillit.

  Cette voix !

  Non, ce n’était pas possible. Tout mais pas lui. Pitié pas lui. Comme s’il avait besoin de supporter les remarques acerbes de cet imbécile. Pitié, fait que ce ne soit pas lui.

  Avant même de comprendre lui-même ce qu’il faisait, il se trouva en train de demander :

  _ Mal… Malfoy ?

  Un grognement.

  Oh, oui ! Aucun doute, c’était bien lui. Quelle poisse ! Sur toutes les personnes qui avaient pu sortir cette nuit, il avait fallu qu’il tombe sur lui. Le premier être après Vous-Savez-Qui, qu’il détestait le plus au monde.

  Il se retint à grand peine de hurler sa frustration et se renfrogna sur lui-même, se demandant si ce n’était pas le moment de faire un repli stratégique.

  Pas que Malfoy risquait de le dénoncer, mais avec lui, il y avait toujours danger d’un coup fourré.

  Il commença à se lever, lorsqu’il se rendit enfin compte que pas une seule fois encore le blond ne s’était moqué de lui. Aucune de ses habituelles et acerbes remarques n’étaient venues faire écho à ses oreilles, aucun mot méchant, ni aucun sortilège vicieux.

  Il avait même tout fait pour cacher sa présence.

  C’était déjà suffisamment étonnant en soi, pour que Ron en reste complètement ébahi et incapable de bouger.

  Il observa attentivement la silhouette repliée sur elle-même. Draco était assis contre le muret de la tour, le corps enroulé dans une épaisse cape noire et les jambes apparemment repliées contre lui. Il ne bougeait pas et Ron était incapable de distinguer son visage, mais il devinait qu’il avait les yeux fermés.

  Il était étrangement calme.

  Le jeune homme fut tenté un instant d’aller voir s’il allait bien, car son comportement était tout sauf normal, mais il se retint, n’ayant aucune envie de se faire envoyer balader ou de prendre un coup.

  Doucement, il se dirigea vers la porte lorsque lui parvint aux oreilles le bruit caractéristique d’un sanglot étouffé qui le fit se figer.

  Il y avait une autre personne sur le toit ?

  Apparemment.

  Et apparemment, elle n’était pas au mieux. Qu’est-ce que Malfoy avait bien pu lui faire ? Ron serra les poings avec colère et entreprit de scruter au nouveau le lieu avec beaucoup plus de minutie pour la retrouver et l’emmener loin d’ici.

  Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’il n’y avait aucune autre présence et qu’il était bien seul avec Draco.

  A nouveau il se figea.

  Ce pouvait-il… ?

  Non ! C’était impossible !

  Et pourtant…

  Malfoy ?

  Il se rapprocha prudemment de la silhouette.

  Aucun doute c’était bien le jeune homme qui pleurait.

  Ron était stupéfait. Si on lui avait dit un jour qu’il verrait le grand, l’arrogant, le suffisant Draco Malfoy pleurer, il ne l’aurait pas cru.

  Mais à cet instant, il n’avait plus rien de suffisant ou d’arrogant. Bien au contraire, il avait l’air fragile et perdu. Vulnérable.

  Le rouquin se tortilla les mains, se demandant ce qu’il pouvait bien faire. Il détestait vraiment le jeune homme, mais d’un autre côté, il ne pouvait pas le laisser ainsi.

  Il n’arrivait pas à se décider, lorsque les paroles de McGonagall lui revinrent soudain en mémoire.

  « Qui aurait imaginé… »

  « Ce gosse est une telle teigne. »

  « Avant qu’il ne fasse une très grosse bêtise. »

  Ce pouvait-il qu’il s’agisse de Malfoy ?

  Cela ne faisait presque aucun doute.

  Laissant résolument de côté toutes ses peurs et tous ses doutes, Ron s’avança vers le jeune homme et s’agenouilla en face de lui.

  Il pouvait voir maintenant son visage baigné de larmes et les légers tremblements de son corps alors qu’il ravalait tant bien que mal ses sanglots.

  Ron avança doucement une main vers lui, lorsque le blond ouvrit soudain son regard azur et noyé. Il la retira par réflexe, alors que Draco le dévisageait avec un mélange de colère, de frustration et de… soulagement ? C’était dur à dire.

  _ Dégage Weasley, dit-il d’un ton dur. Je n’ai pas besoin de ta pitié.

  Ron ravala son air et s’apprêtait à riposter quand Malfoy le coupa à nouveau.

  _ Cours donc dire à tes maîtres…pardon…tes amis que tu as vu Draco Malfoy pleurer. Je suis sûr que tu en meurs d’envie.

  Ron se serait cru capable de beaucoup de chose à cet instant, fuir en courant, le gifler ou encore lui répondre d’un même ton acerbe, mais jamais il n’aurait cru pouvoir faire ce qu’il fit.

  Grand dieu, jamais.

  D’un mouvement impulsif et parfaitement naturel, il se contenta de le prendre dans ses bras. La seconde d’avant il était devant le jeune homme, tentant d’ignorer sa remarque désagréable et la seconde d’après, il le tenait fermement contre lui, caressant sans s’en rendre compte la courte chevelure de blé mur qui lui chatouillait la joue.

  Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. Mais il y avait une telle détresse, un tel désarroi dans la voix du jeune homme, dans son regard, qu’il n’avait pas pu s’en empêcher.

  Il sentit Draco se raidir et attendit le moment où il allait le repousser avec colère et l’injurier copieusement, mais cet instant ne vint jamais.

  Au lieu de quoi, il le sentit se détendre et se coller encore plus fortement contre lui, alors que ses bras entouraient sa taille et qu’une nouvelle et importante crise de larmes terrassait le jeune homme.

  A cet instant, il n’y avait plus ni Griffondor, ni Serpentard. Plus de rancœurs, de querelles ou de haine. Plus rien sauf le besoin de réconfort.

  Doucement, Ron se mit à bercer le jeune homme en lui murmurant des phrases sans aucun sens, mais pleine de toute la gentillesse dont il était capable et petit à petit Draco sembla se calmer. Ses sanglots se firent moins violents, il cessa de trembler et lorsque Ron le regarda, presque plus aucune larme ne coulait sur son visage. Sa respiration prit un rythme calme, presque naturelle et il relâcha quelque peu son étreinte sur le jeune homme.

  Le rouquin resta encore ainsi quelques minutes sans bouger, laissant à Draco le temps de se calmer tout à fait, puis il commença à se dégagez doucement.

  _ Non !

  Le mot était à peine plus qu’un murmure, mais il n’échappa pas à Ron, alors qu’il sentait l’étreinte du blond se resserrer un peu plus sur sa taille.

  Ce dernier leva vers lui un regard éperdu de détresse qui le fit frémir.

  Qu’avait-il donc bien pu se passer ?

  Qu’est-ce qui avait pu transformer l’être le plus arrogant qu’il connaissait ainsi ?

  A moins que toute sa précieuse et vaniteuse assurance n’ait toujours été qu’une façade pour se protéger du monde extérieur. Un moyen d’exprimer, de faire sortir toutes ses peurs et ses frustrations. Il ne savait pas trop et cela n’avait pas d’importance pour l’instant. Malfoy avait besoin de lui, c’est tout ce qui comptait.

  Il ne faisait aucun doute que le lendemain tout redeviendrait comme avant, mais pour quelques heures, toute rivalité était oubliée.

  _ S’il te plait.

  Ron acquiesça simplement en silence, s’installa plus confortablement et laissa Draco se reposer sur lui. La tête du jeune se nicha au creux de son cou, alors que lui-même l’entourait de ses bars et il sentit la respiration chaude et régulière du jeune homme glisser agréablement sur sa peau découverte.

  _ Merci, murmura enfin le blond.            

  Ron ne répondit pas. Il n’en avait pas besoin. Il se contenta de resserrer un peu son étreinte et de se laisser bercer par le calme de la nuit. Il sentit bientôt le jeune homme s’endormir et savoura l’étrange odeur qu’il dégageait, mélange subtil de la douceur salée des larmes, presque océane et du shampoing à la noix de coco.

  C’est sur cette surprenante flagrance qu’il ferma les yeux et s’endormit, protégé par les rayons de la lune.

 

 

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